Un roman d'été (VIII)

La réponse, cinglante, n'appelait plus aucun commentaire et un court silence s'installa. Sylvie brisa rapidement la glace :
- "Je ne veux absolument pas vous juger, mais comprenez ce que je peux ressentir. Mettez-vous juste un instant à la place de ma grand-mère. Elle s'attendait à se réveiller à vos côtés. Elle ne se réveillera jamais, ou alors, en Enfer avec le Diable en guise d'hôte d'accueil..."
Eric comprit l'allusion à peine voilée et se montra accablé :
- "Mademoiselle Prado... Je suis désolé pour ce qui est arrivé, de la manière dont j'ai traité votre grand-mère. Si cela pouvait se reproduire, alors je lui dirai la vérité. Je lui porterai toute l'attention qu'une personne dans cette situation délicate est en droit d'attendre."
- "Docteur, je crois que si vous pouvez encore changer, faites le dès maintenant. Je dois vous laisser, j'ai un rendez-vous dans vingt minutes."
Sylvie et Eric se levèrent simultanément, se serrèrent la main et Sylvie laissa Eric seul dans son bureau.
Allongé sur son lit, Eric repensait obsessionnellement à la discussion qu'il venait d'avoir avec Sylvie. La sonnerie du téléphone dissipa ses rêveries crépusculaires.
- "Eric ? C'est Stéphane ! On sort tous ce soir. Tu es des nôtres ?"
Comme à son habitude, Eric de de la partie. Ni initiateur, ni simple suiveur, il étati de ceux qui accompagnaient avec enthousiasme le mouvement festif initié par un ou deux plus fêtards que lui.
- "Ben écoute Stéphane, ça tombe bien. J'ai vraiment envie de me changer les idées en ce moment... On prend un verre où ?"
- "On n'a qu'à se retrouver vers minuit au Carré, puis on improvisera..."
Eric mit plusieurs longues minutes avant de réagit. Il était 22 heures et, le temps de se préparer, il ne fallait pas qu'il tarde trop.
Lorsqu'il retrouva Stéphane et Serge au café, ils furent rejoints par deux autres connaissances, Yann et François, un couple de jeunes comme il en existe tant les trois premiers mois d'une relation avant qu'elle ne se brise pour diverses raisons, et parfois sans raison. Le brun et le blond, beaux tous les deux, aux silhouettes parfaitement dessinées : Yann et François faisaient tourner les têtes. Eric les avait rencontrés un soir, dans un bar, alors qu'il attendait Matthew. Ils avaient juste eu le temps de sympathiser et de s'échanger leur mails en se promettant de se revoir dans d'autres circonstances. Eric était un garçon sage, mais curieux. L'idée d'un plan à plusieurs lui avait déjà trotté dans la tête sans qu'elle eût trouvé à se concrétiser. Il n'était pas sûr que Matthew, à l'époque, apprécierait l'idée et avait reporté à plusieurs semaines après leur rupture la recontre avec Yann et François. A ce moment, Eric avait repris confiance en lui et se permettait beaucoup d'initiatives, de tout genre.
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