Un roman d'été (VII)

Publié le par Butterfly


- "Je crois qu'elle n'a rien dit de particulier. Elle s'est endormie très vite. Vous savez, elle n'a pas souffert."
- "Mais qu'a-t-elle vu au moment où elle a fermé les yeux ? Que s'est-il passé lorsqu'elle n'était pas encore endormie ?"
Et elle posa la question qu'Eric redoutait tant :
- "Que lui avez-vous dit ?"
Une nouvelle bouffée de chaleur rendit Eric encore plus mal à l'aise. Il ne pouvait pas... La situation devenait intenable. Il baissa la tête et concéda à demi-mot :
- "Je suis désolé pour votre grand-mère. Je ne me souviens plus de rien."
Eric fit minde de s'éloigner. Au moment où il tourna le dos à la jeune fille, celle-ci prit un ton révolté.
- "Ne partez pas comme ça ! Vous me devez une explication !"
Eric s'immobilisa et, sans se retourner, baissa la tête.
- "Mademoiselle, je ne vous dois rien... Sachez que je suis réellement désolé. Mais je ne peux pas vous aider... en tout cas pas maintenant."
- "Quand ? J'ai besoin de savoir. Ma grand-mère est tout ce qui me reste."
Eric finit par se retourner, le visage grâve et dit à la jeune fille :
- "Passez me voir demain. Nous serons plus tranquilles pour parler dans mon bureau. Je suis le docteur Eric Cordero."
La nuit tombée, Eric n'arrêtait pas de se retourner dans son lit. Ce n'est pas l'image de la grand-mère défunte qui le hantait, mais celle de la jeune fille. Impossible de se défiler. Il devait lui répondre de ses actes. Et, pour la première fois de sa vie, il douta du bien-fondé de ses choix. Eric n'en dormit pas et, dans un état de nerfs proche de la crise, appréhenda, au fur et à mesure que le temps passait, le moment de la rencontre. La journée touchait à sa fin et Eric attendait de plus en plus fébrilement la jeune fille. Elle finit par se présenter au moment où Eric enlevait sa blouse pour prendre un long pare-dessus noir.
- "Vous vous apprêtez à partir docteur ?"
- "Non, je vous attendais... Comment vous appelez-vous au fait ?"
- "Sylvie Prado."
Eric avait lu ce nom dans le dossier médical qu'il avait étudié la veille. Il en conclut que Sylvie n'était pas mariée et que Marie Prado était sa grand-mère paternelle. Eric fit asseoir Sylvie et commença un discours qu'il s'était répété dans sa tête une bonne centaine de fois.
- "Mademoiselle. J'étais hier soir tellement sous le chox que je n'ai pas pu vous apporter de réponses satisfaisantes à vos questions. Je m'en excuse encore. Je vous dois la vérité, par respect pour vous et surtout pour votre grand-mère."
Eric se concentrait pour se remémorer la scène finale de la veille. Il savait précisément quel était le discours employé, à quel moment elle avait fermé les yeux, apaisée par ses paroles. C'est peut-être sur cela qu'il devait insister. Elle est partie sereine, sans avoir eu peur. Elle n'a pas pas souffert. A force de se concentrer, Eric se voyait revivre la scène. Il parla à Sylvie au fur et à mesure que les images défilaient, devant ses yeux ouverts. Qu'importent les conséquences : il ne voulait pas perser chaque mot avant de les prononcer. Ce simple recul, qui le lui demandait aucun effort, lui ôtait un premier poids.
Sylvie devait reconnaître en l'écoutant qu'il avait changé d'attitude et qu'il était tout à fait disposé à ne plus l'éviter. Calmement, elle écoutait le récit, lent et ininterrompu d'Eric. Il lui raconta alors, sans se justifier, comment il l'avait endormi. A elle aussi, il lui avait dit : "Ne vous inquiétez pas. A votre réveil, je serai là pour vous accueillir." Elle lui avait répondu : "Je n'en doute pas docteur." Et elle avait rajouté en souriant : "Ce sera un beau réveil." Eric se tut un instant et scrupta la réaction de Sylvie. Elle semblait absorbée par ses derniers mots, le regard fuyant, peut-être embuée. Pour la première fois depuis qu'Eric avait commencer à raconter avec minutie ce qu'il s'était passé, elle ouvrit la bouche.
- "Et c'est tout ? Ce sera un beau réveil ?"
- "Oui, ses yeux se sont fermés quelques secondes après."
Sylvie sourit tristement :
- "Après tout, ce n'est pas banal. C'est même plutôt joli... Vous avez presque raison, docteur, elle est partie remplie d'espoir."
Eric n'entendit que le "presque" de sa phrase. Il prit cela pour un reproche qu'il devait se faire préciser.
- "Pourquoi presque ? Vous savez, je comprendrais très bien que vous me disiez que j'ai mal agi."
Sylvie lui avait tendu la perche et sourit face à tant de prévisibilité organisée par ses soins.
- "Docteur... Oui, vous avez raison d'agir comme cela, de votre point de vue, du mien, de celui de l'humanité toute entière même. Personne ne vous reprochera quoi que ce soit car il reste de votre acte de jolies phrases, des sourires doux, des regards espérant. Il reste de la vie, le dernier moment d'une vie dont on dit qu'il est si important de réussir. Mais, du point de vue de ma grand-mère, vous avez tort. Mais elle ne vous le dira jamais."
Eric sentit qu'elle avait touché juste. Son reproche était imparable et il se voyait à nouveau réduit à fuir l'évidence même.
- "Mais ce qui compte, ce sont les vivants, non ?"
Eric s'aperçut un peu tard de la maladresse du propos et voulut immédiatement se rattraper. Mais Syvlie le devança :
- "Docteur, ma grand-mère, même morte, compte toujours autant pour moi."
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Publié dans Atelier d'écriture

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D
Voilà un praticien qui prend bien peu de recul...Cela dit, il est intéressant de partir d'une réflexion sur l'exercice professionnel pour évoluer lentement vers une remise en cause plus large.Attention quand même à l'emploi de certaines expressions:  "il devait lui répondre de ses actes" me paraît bancal (il devait répondre de ses actes devant elle).
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R
Euh...quelques fautes de frappe mais c'est très beau! Fais gaffe quand même qu'il ne se fasse pas bouffer par les patients et leur famille (lol)
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