Un roman d'été (V)

A-t-on jamais fini d'aimer ? Eric avait connu une relation durable - 3 ans, c'est une durée notable pour un couple, avec un professeur de droit de dix ans son aîné. Du dire même de ses amis, jamais un couple n'avait été aussi bien assorti. Un véritable coup de foudre, à la sortie du métro. Le regard d'Eric et le sourire d'un bel inconnu : il n'en fallut pas plus pour que la recontre se transformât en rendez-vous le soir-même et durât trois ans. Eric venait de fêter ses 24 ans. Il avait reçu son cadeau quelques jours plus tard : il s'appelait Matthew. La relation fut sans accroc. Aucune dispute, pas la moindre duperie : un véritable parcours sans faute des deux amants. Malheureusement, le pire ennemi du couple s'installa insinueusement et, de trop rangée, la vie commune devint carrément ennuyeuse. La fièvre de la passion retomba lentement. Les baisers se firent moins nombreux. Les mots d'amour devinrent plus rares. C'est Matthew qui prit, un soir, l'initiative de la rupture. Elle fut, comme beaucoup de ruptures, cruelle pour chacun des deux amants. Ni Eric, ni Matthew n'imaginait ce que serait le lendemain à l'aune des dernières années passées ensemble. Eric prit cet abandon comme un second adieu inopiné, après celui de son père, à la différence près qu'il savait, au fond de lui, l'échéance inéluctable. Ce soir d'octobre, Eric devint pour la seconde fois de sa vie, un homme. Une cicatrice vint se greffer sur son coeur qui, loin de s'être endurci, était écorché vif. Pendant de longues semaines, Eric ne donna aucun signe de vie, cloîtré dans son appartement q'uil avait longtemps délaissé au profit de celui qu'il lui fallait bien désormais appeler "son ex".
L'appartement d'Eric était pourtant loin d'être inhospitalié. A la fin de ses études, il put rapidement louer un spacieux T2 de 50 m² du côté de la Butte aux Cailles. Une véritable aubaine s'était présentée à lui, et, comme toujours en pareilles occasions, il avait su en tirer profit. Entre son travail, ses sorties et, jusqu'à récemment son ami, Eric n'y passait guère que quelques soirées entières dans le mois. Certes, il y dormait presque quotidiennement, mais il n'y invitait personne et n'y dînait qu'occasionnellement.
Telle était la vie, bien remplie, d'Eric. Il ne s'imaginait pas encore, en cette froide après-midi d'octobre, que tout ce train-train pouvait dérailler.
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