Un roman d'été (II)

Eric s'approcha du patient et lui prit doucement la main. Il se pencha vers lui, le regarda avec ses yeux bleu lagon, et articula à travers son masque de chirurgien : "Ne vous inquiétez pas. A votre réveil, je serai là pour vous accueillir." La dose anesthésiante produisant son effet, le main du patient se ramollit et tomba le long se son corps inerte. Eric se retourna vers ses confrères, tous plus âgés, et l'opération commença. Il ne s'agissait pas de l'une de ces interventions médicales quotidiennement pratiquées dans le monde, mais une opération qu'on qualifie généralement "de la dernière chance." Eric savait rassurer ses patients. Il pensait que c'était l'espoir qui faisait vivre, et que sans lui, les chances de se réveiller étaient considérablement réduites. Alors, même pour les cas les plus désespérés, il faisait croire au patient qu'il se réveillerait à ses côtés.
Eric aimait profondément la vie, ce qui ne l'empêchait pas de jouer avec elle lorsqu'il s'agissait d'en sauver une. Il forçait le destin et préférait prévoir le meilleur pour que son patient parte avec l'espoir. Certes, il emportait avec lui l'espoir, mais aussi un mensonge, car Eric se trompait souvent sur ses prédictions. A son corps défendant, et malgré son très jeune âge, Eric intervenait régulièrement sur des cas très compliqués, dont les chances de survie n'excédait pas une sur deux.
Eric ne s'était jamais dit qu'il faisait preuve de malhonnêteté. Pourtant nombreux sont ceux qui auraient des raisons pour lui en vouloir. Au premier rang desquels, ceux qui voulaient affronter la mort en face à face, ceux qui préféraient la terrible vérité au mensonge proféré quasi-mécaniquement lors de ces moments cruciaux. Eric était peut-être trop jeune pour saisir ces implications aux actes qu'il croyait justes. Eric n'avait même pas trente ans.
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