Un coeur parisien
On m'a dit que chaque nuit notre coeur s'arrêtait de battre l'espace d'un instant. Si l'on se réveille à ce moment précis, surpris de ne plus sentir notre battement cardiaque, on mourrait subitement.
J'ai eu une période d'insomnie où lorsque je m'éveillais en sursaut, j'avais l'impression de jouer à la roulette russe. Avant-hier, j'ai été saisi d'une étrange sensation. J'ai ouvert tout doucement les yeux et j'ai fixé le plafond. Je suis resté immobilement éveillé. Une espèce de thétanie m'immobilisait. J'étais cloué au lit. Puis je l'ai senti, ce petit coeur dont le souffle avait causé beaucoup de soucis à mes parents lorsque j'étais plus petit. Je me suis détendu et j'ai glissé lentement sous ma couverture. Le froid m'avait saisi à son tour. Me voilà bien vivant.
Lorsque j'y ai repensé le lendemain matin, je me suis rappelé, lorsque je vivais du côté de Montpellier, une période, très brêve mais intense, au cours de laquelle j'ai eu la phobie de mourir dans mon sommeil. A tel point que, tout naturellement, j'en faisais des insomnies. L'angoisse m'est finalement passée, la fatigue finissant toujours par s'imposer. Il m'en est resté une éphémère appréhension prénocturne.
Coïncidence ? En feuillant mon carnet de santé, je suis tombé sur une annotation de mes parents, à l'attention du pédiatre qui me suivait : "difficulté à s'endormir". En revoyant les images de mon enfance, il m'est souvent arrivé d'avoir peur de fermer les yeux. Je sais pourtant que tout se terminera comme cela, en fermant les yeux...